Bonjour de Sougueur -

Apprendre les technologies ou les technologies pour apprendre ?

le 07.01.12 | 01h00

Ce que doivent savoir les parents d’élèves et les enseignants sur la relation élèves-technologies. Par Abdelghani Kolli (*) Contrastes Au XXIe siècle, nous vivons encore un grand contraste dans notre pays, tout comme les pays en voie de développement, entre l’inexistence parfois de chauffage, de la craie, d’électricité et d’enseignants de certaines matières d’un côté, et les discours de l’introduction de l’ordinateur dans les classes. Un autre contraste est celui de la pénible rentrée scolaire et les coûts élevés nécessaires à acheter et remplir le «lourd» cartable d’un côté, et de l’autre le cartable électronique et ses bienfaits pour l’élève et l’enseignant. Bref, nous pouvons continuer avec des exemples similaires et nous en trouverons des dizaines. Toutefois, est-ce pour autant qu’on doit laisser tomber la bataille du numérique, alors que nous ne l’avons même pas bien entamée ni même conçue ? Devons-nous considérer les TICE, (technologies de l’information et de la communication en éducation), réservée qu’aux pays industrialisés et attendre que tous les problèmes élémentaires de notre école se règlent pour penser l’enseignement du XXIe siècle ? Je pense que même l’élève et ses parents, qui souffrent au quotidien de ces contrastes, affirmeront, pour peu qu’on les sensibilise aux TICE, leur attachement à voir nos classes et nos élèves, le plus grand nombre possible en tout cas, dotés des technologies modernes du numérique, du digital, de l’Internet, d’ordinateurs et j’en passe. Des migrants digitaux Certains de nos aînés, enseignants, parents et administratifs, ont eu du mal mais réussissent quand même à obtenir leur visa et carte de résidence dans la planète du digital. Ils ont, de ce fait, un statut d’immigrés digitaux. Leur environnement natif est tout autre que celui où lequel ils vivent actuellement. Pour continuer dans l’esprit de cette métaphore, j’affirme que pour leur intégration dans ce nouveau paysage, il faut considérer la différence culturelle (culture numérique, digitale) avec les autochtones et les natifs digitaux, la différence de niveau d’absorption de ces nouveautés technologiques et enfin, mais pas en dernier, la différence de capacité d’exploitation et de taux d’utilisation des ces technologies dans la vie personnelle et professionnelle de tous les jours. Cela est, entre autres, une cause de la fracture numérique. Des natifs digitaux Nos enfants, quant à eux, baignent, pour ceux qui ont cette chance, dans une atmosphère technologique qui leur confère le statut de natifs digitaux, contrairement aux immigrants (leur aînés) qui ont dû s’adapter à ce milieu. Un enfant prendra dix fois moins de temps à manipuler la plupart des fonctionnalités d’un téléphone portable, d’un Smartphone ou d’un ordinateur, appartenant... à ses parents ! C’est loin d’être un déshonneur pour ces derniers, mais plutôt le voir comme une fierté, pour eux, d’avoir un enfant qui n’aura pas le mal de la fracture numérique, sinon le moins possible. Les nouvelles générations de gamins dans notre pays savent déjà zapper à la télé, manier les manettes de jeux vidéo, agrandir et réduire une image sur un iphone, répondre et composer au téléphone, allumer et éteindre un ordinateur. Ainsi, gamins et gamines décodes aussi les bugs informatiques pour leurs parents, utilisent le tout nouveau caméscope numérique en 15mn après sortie de carton, enregistre le film du dernier mariage sur PC et y ajoutent même un générique et des effets spéciaux, créent un site Internet, un blog, où y participent au moins à des communautés et des réseaux sociaux. Adolescents, ils révisent leur cours sur PC, partagent des exercices avec des camarades de classe par le Net, téléchargent des vidéos d’illustration du dernier cours d’anatomie ou d’histoire, et apprennent l’anglais par des CD interactifs et multimédia. Si vous pensez que vos enfants ne font pas tout cela, dites-vous juste que vous ne savez pas encore qu’ils savent tout cela ! Apprendre les technologies Depuis l’indépendance de notre pays et l’avènement de l’informatique en tant que science, ensuite filière dans notre système d’enseignement supérieur et en tant qu’outil dans l’administration publique et les entreprises, puis progressivement une matière enseignée dans le système éducatif et la formation professionnelle, l’Algérien n’a cessé de s’y intéresser et d’essayer même d’apprivoiser cette nouveauté et de la maîtriser tant bien que mal. Cet exemple est valable pour les autres technologies. L’acte d’apprentissage avait donc pour finalité «la maîtrise de la technologie». Même sur le plan social, on se présentait souvent comme ingénieur en informatique, ingénieur en automatisme, etc. Cela démontrait durant les années 1960 et 1970, la suprématie de l’apprentissage de la technologie comme but et finalité, souvent sanctionné par un diplôme, une qualification ou simplement une reconnaissance par la société de quelqu’un qui a appris la technologie. Les technologies pour apprendre Les années 2000, la généralisation de l’Internet, l’accès du citoyen à l’informatique, la globalisation des échanges commerciaux et des économies ont eu pour conséquence la transformation profonde, sinon la refonte de l’acte d’apprentissage. L’école, à travers le monde, notamment en Angleterre, aux USA et au Canada, a décrété la technologie non pas comme finalité mais comme moyen et outil qu’on va s’approprier pour faciliter l’acte de l’apprentissage, même si cela va aider dans l’apprentissage d’autres technologies beaucoup plus complexes. Et c’est là qu’est née la terminologie TICE, «Technologies de l’information et de la communication en éducation», qui signifie simplement l’utilisation des technologies de l’information et de la communication dans l’acte pédagogique et le processus d’apprentissage. Les technologies au service de la pédagogie moderne Mais cela ne c’est pas arrêté là, les technologies n’ont pas été simplement un facilitateur de l’acte d’apprentissage mais bien plus, elles se sont intégrées dans les nouvelles approches pédagogiques telles que l’approche par compétence, la pédagogie active, l’approche par projet et même la pédagogie interactive. J’illustre cela par les trois situations d’apprentissage suivantes : -1- La classe centrée enseignant : cette classe est la plus répandue et la plus connue dans notre pays et les pays émergeant, mais pas forcément la plus efficace. L’enseignant est au cœur du processus d’apprentissage et détient le statut de «donneur du savoir» et la tête de l’élève est réduite ainsi, involontairement certes, à un sceau qu’on rempli d’informations diverses, en gardant tout de même une forte présence d’une trame pédagogique permettant à l’élève l’acquisition des savoirs. Le plus grand reproche que font les spécialistes à ce type d’enseignement est l’absence totale d’implication de l’élève par autre moyen que les exercices et les examens qui restent le moyen favori des enseignants pour évaluer les élèves. Comment les technologies peuvent apporter un plus à ce type de classe ? J’aurais presque affirmé qu’aucun apport positif n’est apporté par les technologies à ce type de classe ! Le modeste apport que les technologies peuvent apporter n’est pas du tout suffisant pour amortir le coût de l’investissement. Prenant l’exemple d’un ordinateur et d’un vidéo projecteur (data show) qu’on met à disposition d’un enseignant pour faire son cours, grâce à un logiciel de présentation (Microsoft Powerpoint ou Smart Notebook). Le coût moyen étant de 100 000 DA, il sera difficile de parler de l’apport de ces technologies dans le processus d’apprentissage de l’élève, vu qu’aucune intégration de ce dernier n’est opérée et que l’enseignant reste unilatéralement le «maître» de l’acte pédagogique sans bénéficier des avantages de la High Tech. -2- La classe centrée élève : contrairement au premier type de classe, le centre d’orientation est l’élève lui-même. Du point de vue pédagogique, l’élève apprend lui-même comment démarrer d’une problématique pédagogique, en suivant un raisonnement ordonné pour atteindre un objectif pédagogique préalablement fixé par l’enseignant. Et les technologies ? Elles deviennent, dans ce cas, un facilitateur non pas de la transmission des connaissances seulement, mais de l’appropriation du savoir par l’élève lui-même. Dans cette situation, l’investissement pris dans l’exemple précédent (PC et data show) sera nettement mieux exploité et amorti. Et l’enseignant dans tout cela ? Le secret de réussite d’une classe orientée élève est justement l’enseignant et sa capacité à se familiariser et maîtriser l’utilisation des technologies en classe et non pas les technologies comme finalité. Il devient ainsi l’animateur de la classe, le garant de l’atteinte des objectifs pédagogiques en quantité et en qualité, mais c’est aux élèves que revient la liberté de la créativité dans les pistes pédagogiques prises pour les atteindre. Ce qui n’est pas pour déplaire aux enseignants et aux parents d’élèves, qui verront leurs enfants épanouis mais aussi en train de développer leur créativité et leur sens de l’innovation dans les solutions qu’ils trouveront chaque jour, tout en étant évalués non pas uniquement par des examens, mais au quotidien sous forme de quiz ou de jeux pédagogiques et des exercices et examens assistés par ordinateur. -3- La classe centrée projet : le summum des type de classes. Celle-ci, en plus des avantages de la classe centrée élève, elle se caractérise par un point très important pour l’appropriation des savoirs, la notion de travail collaboratif en classe. En effet, l’élève travaille autant avec son enseignant qu’avec ses camarades, en groupe de travail, autour d’un projet pédagogique en utilisant les technologies de l’information, comme les ordinateurs de classe connectés entre eux, les logiciels d’apprentissage collaboratifs et d’autres technologies qui permettent de faciliter l’appropriation du savoir-faire mais aussi d’autres acquis comme la communication en groupe, le partage des tâches et des responsabilités, l’importance de l’esprit critique et analytique, la place de l’imagination, la créativité et l’innovation. Autant de plus qu’offre ce type de classe que l’investissement en TICE est plus que bénéfique et rentable, il est tout simplement pédagogiquement productif. Ce que doivent savoir les parents Les enfants sont très attentifs, comme chacun le sait, aux orientations des leurs parents, à part durant la période d’adolescence. La communication parents-enfants est fondatrice de la personnalité des enfants. Comment ne pas profiter de cette opportunité de communication qui s’offre aux parents, quand ils ont un sujet que les enfants adorent, celui des technologies. D’abord, il faut casser les fausses idées reçues qui prétendent que seuls les parents qui maîtrisent eux-mêmes les technologies peuvent assister leurs enfants. Bien sûr que non, les parents débutants ou même ignorants du domaine des technologies peuvent et doivent orienter leurs enfants dans la mesure où leur responsabilité parentale les oblige à délimiter le champ d’exploitation des technologies et aussi la nature d’utilisation qu’en fera l’enfant. Est-ce pour préparer ses prochains cours ou réviser les anciens ? Est-ce pour se distraire raisonnablement avec des jeux éducatifs et du moins sans danger ? Est-ce pour apprendre à utiliser un nouveau logiciel de bureautique et de dessin et autres ? Ou bien est-ce pour surfer sur des sites Internet qui ne lui sont pas destinés ? Ou jouer abusivement à des jeux violents jusqu’à en délaisser ainsi les travaux scolaires ? Certes, il faut un minimum de connaissances pour les parents afin de se retrouver dans tout ce paysage informatique et technologique. Là est la responsabilité des autorités, des associations et des parents eux-mêmes. Mais la question qui se pose est : que coûte la non-implication des parents dans le processus d’exploitations des technologies par leurs enfants comparativement au coût d’une formation en informatique ? Les parents qui n’ont pas accès aux nouvelles technologies Cela signifie souvent que les enfants eux aussi n’ont pas un grand accès aux technologies. Les parents ne disposant pas de technologies ne doivent pas se sentir épargnés par la responsabilité citée en haut. Bien au contraire, je dirai même qu’ils ont une plus grande responsabilité du fait que leurs enfants sont souvent exposés aux dangers des technologies ailleurs qu’à la maison. L’importance de la sensibilisation des enfants est grande et leur accompagnement dans les cyber-cafés et les lieux qu’ils fréquentent, pour disposer des technologies, est un acte nécessaire non pas pour faire le gendarme, mais pour rassurer l’enfant et se rassurer soi-même. Il faut toutefois éviter l’excès de contrôle et s’interdire «l’espionnage» des enfants, car cela n’aura que des effets négatifs et ne fera que créer des situations de conflits terribles. L’éducation pour le monde des technologies passe aussi par la confiance mutuelle, surtout que les enfants ont plus d’armes et plus de techniques de déjouer tous les types de contrôles que les parents s’aventureront à mettre en œuvre. Un seul mot d’ordre donc : «Communiquer» La technologie pour apprendre Il est donc clair que seule une démarche visant à utiliser les technologies comme moyen d’apprentissage et non pas comme finalité, s’inscrira dans la durée et aura une efficacité appréciable. Elle renforcera les capacités de manipulation des technologies et stimulera la créativité et l’innovation, tout en dédramatisant l’image de complexité que nous avons souvent des technologies. Toute démarche ne respectant pas cette vision restera confinée dans «une durée courte, un retour sur investissement très limité et pire, une dépendance quasi-totale de cette même technologie au lieu de jouir d’une liberté d’utilisation, visant à atteindre des objectifs pédagogiques ou professionnels ou même personnels au quotidien. C’est là où se fait la différence entre l’analphabète du siècle dernier et celui du XXIe siècle. (*) Consultant en nouvelles technologies © El Watan



10/01/2012
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